Eddy Blanchet, co-fondateur de la marque l’Atelier Maître Parfumeur, s’entretient avec Epykomène

C’est avec un grand plaisir que nous avons eu la chance de rencontrer Eddy Blanchet, parfumeur et créateur de la marque l’Atelier Maître Parfumeur. Il partage avec nous sa passion. Un grand merci !

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Comment est née la marque l’Atelier Maître Parfumeur ?

La marque l’Atelier Maître Parfumeur est née d’une collaboration avec mes amis maîtres parfumeurs Nicolas de Barry et Jean Paul Millet-Lage. Nous voulions créer un véritable atelier d’artisans créateur de parfums situé au cœur de Paris.

Nous avions le désir de s’affranchir de la parfumerie traditionnelle, devenue trop impersonnelle. C’est pour cela que nous voulions proposer une parfumerie intime, plus confidentielle et authentique, offrant du sens et de la qualité.

Au-delà de la simple ouverture d’un atelier de création, nous voulions réunir toutes les marques qui ont fait la grande tradition française du parfum.

Notre Atelier Maître Parfumeur voit donc le jour à Paris, à une période où la parfumerie et les parfumeurs traditionnels ont perdu leur éclat  mais aussi face à la puissance de Grandes Maisons de Luxe dont le cœur de métier n’est pas la parfumerie. Face à l’oubli de ces prestigieuses maisons de parfums, nous voulions  les remettre à l’honneur en créant le premier concept store olfactif dédié à l’Histoire de la parfumerie et à la Tradition ancestrale de l’Art du parfum sans être un musée mais une tradition vivante et attirante.

Au sein de l’Atelier Maître Parfumeur, nous vous proposons l’excellence du parfum dans sa plus luxueuse expression, à travers des émotions olfactives, des ingrédients nobles et naturels et une authenticité du parfum retrouvé. Nous sélectionnons les plus prestigieuses maisons de parfumerie française aux collections parfums chargées de sens et d’histoire.

 

Quelles ont été les motivations qui vous ont poussé à vous lancer dans la parfumerie ?

Mon histoire et celle de ma famille m’ont permis de me forger une ouverture internationale et un patrimoine olfactif construit en France et autour de la Méditerranée. Je compose avec mes souvenirs de fleurs du jardin de ma maison d’enfance à la campagne, des embruns iodés d’un bord de mer de Bretagne d’une propriété familiale où je passais ses vacances, du soleil fruité et aromatique du Liban où j’ai vécu plusieurs années.

Puis mes études de commerce m’ont conduit à collaborer chez les grands noms de l’industrie du parfum où j’ai fait mes apprentissages au commercial puis au marketing. Vite séduit par l’insaisissable mystère de l’olfaction, le contact quotidien des parfumeurs a fait naître en moi une envie de créer. Plutôt que de me lancer dans cette course effrénée à la création – alors qu’environ 1600 parfums sont lancés chaque année -, je n’ai pu résister à l’envie de ressusciter des parfums du passé, alliant ce coup de foudre pour l’olfaction et ma passion pour l’histoire.

J’ai acquis ma formation olfactive, aux côtés d’un grand maître parfumeur français, Nicolas de Barry, avant de parfaire ma connaissance historique de la beauté à l’école du Louvre et à l’Académie Royale de Belgique, étudiant l’histoire des parfums, les origines et les utilisations culturelles des odeurs avant de me former à l’école Internationale des parfumeurs de Grasse (The Grasse Institute of Perfumery), où j’enseigne désormais l’histoire de la parfumerie.

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Pouvez-vous nous parler de vos produits ?

J’ai deux influences majeures : mes voyages à travers le temps et mes rencontres avec les personnages historiques. C’est pourquoi, je me qualifie volontiers de « Parfumeur Olfactologue ». Je me sens quelque part un des garants de notre héritage olfactif, celui du patrimoine de la parfumerie, à l’image d’autres institutions qui participent à cet objectif comme l’Osmothèque de Versailles. J’adore utiliser pour mes créations le néroli, la bergamote, l’orange, la rose bulgare, le géranium, l’encens, la myrrhe et le bois de Oud qui me fascinent par ce qu’elles donnent selon pour moi une âme au parfum.

 

Comment se passe le processus de création ? De l’idée à la fabrication ?

De la première idée à la mise en place, le processus de création d’un parfum peut durer deux ans. Les grandes maisons de parfumerie et par extension les maisons de couture restent, presque toujours, les initiateurs des projets et interviennent à chaque étape de l’élaboration du produit dans son ensemble (c’est-à-dire, la fragrance, le flacon et emballage). En dehors des maisons Chanel, Hermès et Patou qui comptent leurs propres nez à demeure, la création de la fragrance et la fabrication du concentré de parfum sont assurées par les industriels de l’aromatique tels que Givaudan, Firmenich et IFF. Ces trois sociétés assurent, à elles seules, les trois-quarts des créations du secteur, qui compte plus de 1500 lancements par an.

Les maisons telles que Jo Malone, Aqua Di Parma, ou encore Guerlain ont bien compris cette demande du client de se différencier ils proposent alors ce service aux particuliers du « sur-mesure ». Pour nos clients, la première étape est de découvrir ensemble le territoire olfactif qui va créer la plus forte résonance émotionnelle pour eux. Ensemble, dans un cadre intimiste, on pose l’architecture de votre temple olfactif, puis on va créer cette essence d’âme unique et personnelle. Tel un accessoire de mode ou un vêtement qui vous rend élégante ou renforce votre pouvoir de séduction, ce parfum devient votre signature et une source d’émulation sensorielle.

 

Comment qualifieriez-vous la marque l’Atelier Maître Parfumeur ?

Aujourd’hui je crée et lance les parfums de cette marque, mais je la conçois comme une marque participative puisque nous sommes plusieurs parfumeurs résidents au sein de l’atelier. La contrainte imposée étant qu’on ne lance que des parfums qui amènent de la valeur ajoutée émotionnelle et du sens au client. Nous privilégions le naturel si la nature et la loi nous l’autorise.

 

Comment est né le nom de votre marque ?

Nous n’avons pas intégrés de Grandes Ecoles, et je crois que c’est souvent l’acte fondateur d’une marque de Luxe. Elle prend le nom d’un lieu, d’un créateur; pour nous c’est simplement les deux par le nom du collectif et le lieu.

 

 EDDY BLANCHET

Qu’est-ce qui différencie l’Atelier Maître Parfumeur des autres marques de parfumerie ?

Au sein de l’Atelier Maître Parfumeur, nous créons de la demi mesure pour rendre la création personnelle accessible à tous et du sur mesure pour les particuliers et les entreprises. Notre valeur ajoutée réside dans notre capacité à pouvoir créer et fabriquer de A à Z un parfum ou bougie à quelques centaines de pièces, limitant les enjeux financiers pour les TPE.

 

Avez-vous un parfum iconique ou favori ?

Opium pour Homme d’Yves Saint Laurent. C’est une essence de peau pour homme d’une sensualité extraordinaire, j’aime son caractère fort apporté par la noblesse des bois orientaux comme le cèdre de l’Atlas mais qui cache une profonde tendresse avec sa vanille bourbon. Il pétille et flamboie par sa note orientale fraîche aux tons épicés du Galanga et du poivre de Sichuan. On y reconnaît la touche inégalable du parfumeur Jacques Cavallier. En un mot, addictif, lorsque je le respire, il m’emporte vers un autre univers, je voyage. Merci à toi Jacques !

 

Qu’est-ce qui vous anime le plus en tant que parfumeur ?

Je suis heureux d’assister à un retour de la belle parfumerie qui se dessine dans le paysage d’aujourd’hui. Dans un marché mondialisé et uniformisé, on pouvait avoir l’impression qu’avec une pléthore de nouveaux lancements, la notion de qualité́ se perdaient avec des parfums qui se ressemblaient sous l’effet marketing d’une tendance consommateur. Mais il y a en France, en Europe et aux Emirats arabes unis une vraie culture hédoniste du parfum très enracinée. Les consommateurs achètent différemment, et surtout ils achètent mieux… Ils veulent du sens d’où le succès de points de vente spécialisés comme Place Vendôme en Belgique, Campo di marzo 70 à Rome et Jovoy Paris ou notre Atelier Maître Parfumeur à Paris qui commercialisent des produits de Haute Parfumerie triés sur le volet. La Haute Parfumerie reprend peu à peu la place qui est la sienne dans l’univers du luxe. Je suis heureux de participer à ce retour.

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Quel est votre dessert préféré ?

Je comprends cette question puisqu’entre l’univers de la parfumerie et de la pâtisserie, il n’y a qu’un pas. À l’occasion des fêtes de fin d’année, le salon de thé parisien Angelina a travaillé sur une bûche qui réinterprète les senteurs de l’Eau d’Hadrien, célèbre fragrance de la maison Annick Goutal par exemple.

J’adore l’opéra idéalement son glaçage doit être un peu craquant, le biscuit moelleux, la ganache un peu ferme et sa crème au beurre soyeuse. Il faut qu’il ne soit pas trop sucré, son parfum de café entre en subtilité avec le goût du chocolat et une pointe vanille. Certains pâtissiers créatifs y ajoutent des touches d’agrumes avec l’orange.

 

Si l’Atelier Maître Parfumeur était un art, lequel serait-il et pourquoi ?

Et bien je crois que ce serait la sculpture, cet art consiste à concevoir et réaliser des formes en volume, en relief, en ronde-bosse, en haut-relief, en bas-relief, par taille, par modelage, par soudure ou assemblage à partir de matériaux comme la pierre, le bois, la terre, le métal ou tout autre matériau. Le terme de « sculpture » vient étymologiquement du latin « sculpere » qui signifie « tailler » ou « enlever des morceaux à une pierre ».

Pour moi, cela illustre parfaitement le travail du parfumeur : assembler des matières, lisser, gommer une facette ou mettre en relief une huile essentielle ou une matière olfactive de synthèse

 

Et pour finir, une citation ou un conte que vous voudriez partager ?

Pendant la première guerre du Golfe, lors d’un séjour dans le désert du Sinaï où je servais pour les Nations Unies, j’ai rencontré des nomades qui jetaient dans le feu une espèce de poudre de bois et des plantes séchées afin de se parfumer grâce à la fumée. J’ai retrouvé ce geste incroyable mais historique qui est à l’origine étymologique du mot parfum qui vient de ‘perfumare’ (par la fumée). Cette odeur était inhabituelle mais si envoûtante, me plongeant dans ce conte du passé oublié et des gestes des premiers parfumeurs de l’humanité.

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